Le modèle

Le modèle

Pour maîtriser le monde dans lequel nous vivons, nous avons en commun d’observer et de décrire les objets que nous voulons comprendre. Pour y parvenir nous construisons des modèles. C’est ce que nous avons fait avec la Terre pour la mesurer quand, au fil des générations, nous avons élaboré la géométrie. C’est ce que nous avons fait avec l’univers quand, plus tard, nous avons construit des modèles physiques comme celui de Newton pour le système solaire ou celui d’Einstein pour tout l’univers. C’est ce que nous avons fait pour le climat avec la météorologie et aussi avec le comportement humain au travers de la psychologie, ou plus largement encore pour l’ensemble des relations sociales entre individus avec la sociologie.

Appelons modèle tout objet élaboré par un être humain et qui permet de produire de la connaissance à propos d’un autre objet étudié. Modéliser, c’est concevoir puis dessiner une image à la ressemblance de l’objet étudié. C’est ce que nous faisons quand nous dessinons la carte d’un territoire, ou quand nous construisons la maquette d’un bateau ou d’une maison. Pour être pertinent, un modèle doit respecter deux conditions. La première : il ne peut pas produire de contradiction interne, à savoir, une chose et son contraire ; il doit être logiquement cohérent. La deuxième : il doit être valide ; à tout moment nous devons pouvoir vérifier que la connaissance qu’il produit correspond à la réalité de l’objet observé. Pour une carte, elle doit correspondre au territoire qu’elle décrit.

Toute connaissance humaine étant faite de modèles plus ou moins pertinents, l’économie l’est aussi. Adam Smith est sans doute le premier à s’être intéressé aux phénomènes économiques et à leur modélisation. Il sera suivi par d’autres dont Ricardo, Marx, Keynes, Hayek, Friedman, Fukuyama et d’autres. Il faut toujours avoir à l’esprit que lorsqu’on construit un modèle d’un phénomène complexe, comme peuvent l’être ceux de l’économie, il faut à un moment déterminer les idées de départ, les hypothèses, qui en constitueront les fondations. Ces hypothèses sont généralement fournies par l’observation mais pas toutes. D’autres d’origine spéculative sont formulées, comme par exemple, postuler la perfection des marchés quand aucune observation ne le montre. Et là gît le diable. Ou bien, le modélisateur reste honnête et va, de manière permanente confronter son modèle à l’objet étudié pour vérifier la validité de ses hypothèses, ou bien, aveuglé par un a priori souvent peu rationnel, va s’enferrer dans un déni jusqu’à refuser ce qu’il peut par ailleurs observer. En général, ces modélisateurs-là proposent des modèles non pas de l’objet tel qu’il est mais de l’objet tel qu’ils voudraient qu’il soit.