Et si …

Et si …

Et si, pour deux ans, on donnait les clés de la Wallonie à un conseil de sages. Le temps que les partis introspectent et se redéfinissent. Qu’ils saisissent ce temps, hors du temps, pour se remettre en question et s’accordent sur une nouvelle éthique de l’exercice du pouvoir. Car le pouvoir s’exerce, avec prudence, avec essais et erreurs. Et puis, il se transmet, à d’autres, qui eux aussi, s’exerceront, l’exerceront, deviendront performants ou bien s’effaceront. En aucun cas, le pouvoir ne se confisque.

Ce temps sera celui de quelques uns, sereins, innovants, visionnaires de préférence, dans le sens où ils prendront la mesure du temps long et des enjeux qui s’imposent à la Wallonie dans les vingt prochaines années. Le casting n’est pas la clé, même si on a une fâcheuse tendance, en Wallonie, à trier les idées par les personnes qui les portent et qui les rendent immédiatement suspectes.

La méthode et le résultats sont par contre essentiels. Le timing aussi. Deux ans, 500 jours c’est plus qu’il n’en faut. Cinq fois plus que les cent jours que Roosevelt a mis à profit pour tenter de peser durablement sur la performance économique des Etats-Unis en mars 1933 (la question du succès de ces mesures est un autre débat que nous n’ouvrons pas ici).

Venons-en à la méthode. Ce conseil des sages, au nombre de 7 ou 9 en intégrant les compétences de la Communauté française, travaillerait avec un cabinet restreint. Un ou une secrétaire, trois à quatre collaborateurs.trices expérimenté.es choisi.es pour leur compétence d’analyse, de synthèse et d’innovation, quelques facilités logistiques. L’essentiel des dossiers seraient restitués à l’administration dans un principe de confiance. Perçue comme politiquement lotie, l’administration wallonne me paraît au contraire, particulièrement mal lotie. Elle a été désinvestie de manière régulière depuis quinze ans au profit de structures pararégionales et, sans doute plus encore, de par la confiscation des dossiers au sein des cabinets, toutes couleurs confondues. Rendre à la fonction publique des dossiers, des moyens, du souffle, des agents, c’est simplement redonner du sens à l’action publique et à son bras exécutif. En guise de punchline, on dira qu’on met fin à la dictature des belles-mères. Les initiés traduiront.

Le Parlement wallon resterait bien évidemment dans son rôle : contrôler, proposer, analyser, amender, voter, s’opposer si nécessaire. Mais une opposition argumentée sur le fond, surtout sur le fond. Pas sur le lieu, sur la personne ou sur le centime concerné. Avec peut-être une obligation de résultats : si un dossier se voit rejeté, quelle est l’alternative proposée par les parlementaires, sur base de quelle vision sociétale ? Au nom de quel dysfonctionnement possible ? Et si un désaccord subsiste, pourquoi ne pas mobiliser les citoyens, consulter, mettre les idées en débat, prendre le pouls de l’opinion sur des dossiers comme la transition énergétique, le vieillissement, l’enseignement de la citoyenneté dans les écoles, le soutien aux familles, … Autant de débats qui, au mieux fondent des consensus mous, au pire suivent la trajectoire du vent dominant sans clarté sur le cap suivi. On sort ou on ne sort pas du nucléaire ? On veut ou on ne veut pas un cours de citoyenneté ?

Les résultats attendus ?

Tout d’abord, précisément, un cap. Un cap économique, confirmant, amendant, réorientant, répudiant, qui sait ?, le Plan Marshall et le complétant si nécessaire, de mesures de mobilisation massives de moyens d’investissement. Un cap en matière de performance – le mot est dur, mais qui le contesterait ? – de notre système d’enseignement. Un cap en matière de préservation et de valorisation de nos espaces et ressources naturels. Un cap en termes d’action culturelle articulée au projet régional, à la place de tous dans la société, à l’identité régionale et internationale de la Wallonie. En bref, une vision et des balises de long terme, en continuité si c’est souhaitable, en rupture si c’est nécessaire.

Des évaluations, ensuite. Evaluations de politiques remises en question pour leur performance. De structures remises en question pour leur pertinence. De mécanismes de gouvernance remis en question pour leur efficience. De budgets et de logiques de financement remis en question pour leurs effets de levier, de substitution, de distorsion. Evaluations qui feront place à des débats, au Parlement et sur la place publique.

Des réformes, enfin, ciblées, structurantes, percutantes, douloureuses s’il le faut. Reformes proposées par un conseil des sages, fondées sur des évaluations, mises en débat au Parlement, dans les territoires, sur les réseaux sociaux. Réformes par rapport auxquelles les partis se positionneront dans le cadre de la campagne électorale de 2019. Avec toute leur liberté de les nuancer, de les contester, de proposer des variations. Des propositions de réformes qui seront connues des citoyens, connues des élus, qui nourriront le débat. Qui fonderont des alternatives. Et qui, soyons fous !, seront mises en oeuvre dans un cadre de gouvernance renouvelé, réfléchi et négocié pendant deux ans de pause. De pause politique pour stimuler l’intelligence collective, pour donner un cap, pour renouveler les pièces du moteur.

Quels sages me direz-vous ? La Wallonie (et Bruxelles) regorgent de compétences et d’intelligences dont l’engagement serait de se mettre en disponibilité pendant 500 jours et de prendre distance avec toute forme de dogme idéologique relatif aux matières gérées. Il y a, sans doute, comme en Suisse, un formule magique à trouver. Demandons au Roi de désigner un formateur. Désignons-le par référendum. Par votation électronique… Par tirage au sort. Demandons à quelques uns de sortir du bois.

Et vous, vous en pensez quoi ?

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