La dette publique, une affaire rentable

La dette publique, une affaire rentable

de André-Jean Holbecq et Philippe Derudder

La masse monétaire

La monnaie est une convention sociale reposant sur la confiance. Elle n’a d’autre valeur que celle que nous lui accordons. Elle repose sur la croyance que nous avons qu’elle sera acceptée en paiement sans difficulté par les autres.

La masse monétaire se décompose en :

- Monnaie fiduciaire (billets de banque et pièces) 
- Monnaie scripturale (monnaie d’écriture, dépôts à vue en compte courant) 
- Epargne convertible +/- rapidement

Pendant des siècles, l’argent fut matériel et existait sous forme de métal précieux ou de billets et pièces convertibles en or. En 1971, elle se dématérialise complètement lorsque le dollar américain, dernière monnaie convertible, perd cette convertibilité en or.
Depuis, l’argent n’existe plus au sens propre, sauf par le biais de la création du crédit, avec comme particularité d’être temporaire puisque l’argent n’existe qu’entre le moment où il est emprunté et celui où il est remboursé.

L’argent est devenu une dette, car pour qu’il y en ait, il faut au préalable l’emprunter. Ce sont les banques centrales qui créent la monnaie fiduciaire, et les banques privées (commerciales) qui créent la monnaie scripturale par le biais du crédit qu’elle accorde à titre exclusif.
La monnaie scripturale représente +/- 90% de la masse monétaire.
Le solde positif d’un compte bancaire est la représentation d’une dette que la banque a envers le détenteur du compte, puisqu’elle lui doit cette somme.
Ce sont les crédits qui permettent les dépôts, et non l’inverse.
Le crédit étant toujours à l’origine d’une augmentation de la masse monétaire, le remboursement du crédit d’une diminution de celle-ci.

Rôle de la banque centrale

1. Influencer le crédit par la fixation du « taux directeur », c-à-d le taux d’intérêt applicable entre banques commerciales. Plus le taux est élevé et plus le crédit devient cher, et ralentit ainsi l’évolution de la masse monétaire.

2. Alimenter en « monnaie centrale » les comptes courants détenus par les banques privées au sein de la banque centrale. C’est à partir de ce compte que chaque banque règle aux autres ce qu’elle leur doit, ainsi que l’intérêt de ses emprunts auprès de la banque centrale et surtout la fourniture de la monnaie fiduciaire dont elle a besoin pour satisfaire la demande de ses clients.

3. Veiller à ce que les banques commerciales détiennent sur leur compte une réserve obligatoire en monnaie centrale fixée à 2% des crédits en cours émis.

Rôle de l’Etat

L’Etat a pour mission de veiller à l’intérêt commun en édictant des règles qui garantissent et maintiennent le lien social. Pour assurer ce rôle et l’ensemble des services publics (écoles, routes, hôpitaux, …), il peut fixer lui-même le montant de ses recettes.
L’Etat a également le choix d’avoir des dépenses supérieures à ses recettes, en finançant ce surplus par le recours à l’emprunt.
Jusqu’en 1973, l’Etat français réalisait cet emprunt auprès de la Banque de France, sans intérêt ni échéance. L’Etat a ensuite résorbé son déficit de recettes en empruntant auprès des banques privées, qui exigent en retour un intérêt qui s’ajoute à l’emprunt. Cet intérêt augmente le déficit des recettes publiques qui peut ainsi entraîner les finances publiques dans une spirale de recours continu à de nouveaux emprunts.
Depuis 1979, cette charge d’intérêt représente pour l’Etat français en moyenne +/- 45 milliards d’euros supplémentaires nécessaires. La dette publique française s’élevait à 239 milliards d’euros en 1980. En 2010 elle a atteint 1.600 milliards d’euros, soit 7 fois plus en 30 ans !!

Conclusion

L’Etat central, en empruntant sur les marchés financiers, a perdu sa capacité à créer de la monnaie, et par voie de conséquence sa souveraineté financière.
La création monétaire par le système bancaire se fait par le crédit. Autrement dit, la masse monétaire mondiale est une dette, répartie entre les Etats, les entreprises et les ménages.
Tout l’argent qui existe sur cette planète est donc dû ou pas puisque résultante d’une convention dont à tout instant mais de manière globale nous pourrions changer les règles. C’est d’ailleurs ce que l’on ne se prive pas de faire à l’occasion des dévaluations ou bien encore quand nous changeons de monnaie.

Le traité de Lisbonne de 2005, confirmé par le traité de Maestricht, n’autorise pas les Etats et les différents pouvoirs publics régionaux et locaux, à emprunter auprès de leurs banques centrales et de la BCE. L’obligation d’emprunter sur les marchés financiers pour combler le déficit des recettes publiques, induit dès lors une augmentation constante de l’endettement public lié dont la cause principale réside dans le paiement des intérêts de l’emprunt.
Les deux auteurs sont persuadés que si les Etats avaient conservé le pouvoir de création monétaire par le biais de leurs banques centrales, ils pourraient financer, sans augmenter la fiscalité et sans emprunter auprès des banques privées, tout ce qui serait possible pour répondre aux besoins de leurs populations.