La puissance d’exister

La puissance d’exister

de Michel Onfray

Ce livre se présente comme une synthèse de l’ensemble de l’œuvre de l’auteur avec au centre de sa réflexion l’éthique hédoniste.

D’emblée Onfray marque l’opposition entre idéalisme platonicien et hédonisme épicurien en indiquant clairement sa préférence pour l’hédonisme.
La transcendance d’un côté, l’immanence de l’autre. Le ciel au-dessus de la terre, le monde des idées face à celui du réel. C’est Platon le conceptuel qu’il oppose à Epicure le matérialiste où le premier investit le monde de l’invisible (les idées), alors que le second celui du réel (la matière).
Ce qui donne d’une part une morale transcendante défendue par Platon avec pour articulation la relation hommes-idées et par extension hommes-dieu(x). Le bonheur se situant hors du réel (le monde des idées pures) avec les figures du héros et du génie, leurs attributs relevant de l’idéal humain fantasmé.
D’autre part, avec Epicure, on se situe dans une morale immanente (relation hommes-hommes) où le bonheur est ici et maintenant, sur terre, avec l’image du sage et l’acceptation de son état et de ses limites (de vie, de puissance, de savoir, de pouvoir,…).

Cette morale immanente est reprise et défendue par Onfray. Elle pourrait se résumer par l’expression : “Faire avec ce qu’on est, sans idéaliser ce qu’on devrait être”. Autrement dit : établir un contrat avec le réel, avec le monde, pas avec le ciel.
Comment ? Par la pensée hédoniste qui se veut recherche du plaisir tout en considérant que la somme des plaisirs doit toujours l’emporter sur celle des déplaisirs.
Ainsi, être éthique pour Onfray, c’est pratiquer la morale qui procure un réel plaisir suivant l’injonction : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne ». Toute arithmétique des plaisirs oblige ainsi à se soucier de l’autre. Comme la politesse qui affirme à l’autre qu’on l’a vu, donc qu’il est et qu’il a une importance à nos yeux.
Perpétrer la logique des bonnes manières, c’est faire de l’éthique élective (dans le sens d’élection, de choix), c’est créer de la morale et incarner des valeurs telles que la civilité, la délicatesse, la courtoisie, la générosité, … et bien d’autres du même ordre.

Pour Onfray, l’humanité surgit dans un homme, non pas avec sa forme humaine, mais avec sa relation humaine au monde (= matérialisme). Dans relation, il faut entendre relation de soi à soi, de soi à l’autre, de soi au réel suivant les principes de l’éthique hédoniste.

Par ailleurs, dans son engagement politique, Onfray défend les idéaux suivants : 
- Souveraineté populaire 
- Défense des plus pauvres 
- Souci du bien public 
- Aspiration à la justice sociale 
- Protection des minorités.

En lien avec ces idéaux, il pose ces questionnements : 
- Faut-il faire son deuil d’une action révolutionnaire ? 
- Faut-il se diriger vers un changement radical, vers l’abolition du passé ? 
- Ou refuser d’être une courroie de transmission de la négativité dans laquelle le libéralisme économique entraîne le monde ?

En guise de réponse, Onfray déclare que la révolution n’attend pas. En tout cas pas celle qu’on peut mener partout où on s’active : la famille, l’atelier, le bureau, le couple,…
Le mode opérationnel de cette révolution qu’il encourage est, modestement, la concertation et les associations de forces, mais avec une recherche d’efficacité grâce à la prolifération de réseaux de petites actions ajoutées en forme de toile d’araignée.
Cette politique est qualifiée d’hédoniste et libertaire parce qu’elle se soucie du plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre par la création de secteurs ponctuels, d’espaces libérés et de communautés nomades échappant aux modèles dominants.

Dans sa démarche politique, il fait également référence au nihilisme dans le sens où il constate que notre société n’a pas ou plus de valeurs, ni de vertus : « Les boussoles font défaut ainsi que les projets pour quitter la forêt où nous nous sommes perdus ». Cette forêt devant être comprise comme une métaphore de notre monde où règne : 
- Le cosmopolitisme 
- Le péril écologique 
- La mondialisation économique libérale 
- La domination du marché 
- La négation de la dignité humaine du plus grand nombre.

Les stratégies pour donner du sens à l’action politique et « parachever l’esprit de Mai 68 », s’articulent autour de trois axes : 
- Eviter les logiques de domination et de servitude 
- Refuser le combat pour la domination des territoires 
- Eradiquer ce qui reste d’animal en l’homme

Tout ceci sans oublier que dans l’action, ce qui créent du lien et de la solidarité entre les hommes relève des vertus telles que : l’amour, l’amitié, la tendresse, l’attention, la camaraderie, la magnanimité, le dévouement,…

Pour conclure, Onfray rappelle que la révolution ne peut s’effectuer qu’autour de soi, à partir de soi, en intégrant des individus choisis pour participer à des expériences fraternelles. Des micro-sociétés électives activant des micro-résistances efficaces pour faire pièce momentanément aux micro-fascismes dominants.

« La puissance d’exister » au sens du « pur plaisir d’exister » viserait dès lors à construire des utopies concrètes, des îlots de pensées libérées là où on se trouve, et de produire ainsi le monde auquel on aspire et éviter celui qu’on récuse.