Le Dérèglement du Monde

Le Dérèglement du Monde

de Amin Maalouf

Ce livre est composé de trois parties.

1. Les victoires trompeuses

Après la chute du mur de Berlin, le monde est devenu unipolaire. L’Occident a gagné, le capitalisme aujourd’hui est le seul modèle dominant ; au niveau planétaire il n’y a plus de contre-pouvoir au capitalisme. Or, on a cru que la démocratie allait désormais se répandre de plus en plus dans tout le monde, mais aujourd’hui on se sent plutôt déboussolé. L’espoir s’est transformé en désillusion. Ce triomphe a précipité l’Europe et le monde occidental dans la pire crise de son histoire. La défaite du système soviétique notoirement répressif et antidémocratique a fait reculer le débat démocratique sur toute la planète. Maintenaient, nous vivons un monde où certaines propositions deviennent des vérités irréfutables, c’est le cas du néolibéralisme. Les Etats-Unis ont continué à avoir une attitude impérialiste vis-à-vis du monde arabe, par exemple l’invasion en Irak. L’auteur ne regrette pas le climat polarisé et belliciste existant du temps de la Guerre froide, mais il déplore que le monde en soit sorti « par le bas », c’est-à-dire vers moins d’universalisme, moins de rationalité, moins de laïcité ; vers un renforcement des appartenances aux dépens des opinions acquises, et donc moins de libre débat.

Depuis la chute du mur nous avançons vers un renforcement exacerbé des appartenances héréditaires, notamment celles qui relèvent de la religion ; où la coexistence entre les différentes communautés humaines est, de ce fait, chaque jour plus difficile, et où la démocratie est constamment à la merci des surenchères identitaires. Ce glissement de l’idéologique vers l’identitaire a eu des effets ravageurs sur l’ensemble de la planète, mais surtout dans l’aire culturelle arabo-musulmane où le radicalisme religieux est devenu intellectuellement prédominant et massif, et fortement anti-occidentale.

Nous sommes en présence de deux interprétations de l’Histoire. Pour les uns, l’Islam se serait montré incapable d’adopter les valeurs universelles prônées par l’Occident ; pour les autres, l’Occident serait surtout porteur d’une volonté de domination universelle à laquelle les musulmans s’efforceraient de résister avec les moyens limités qui leur restent.
Ces vénérables civilisations ont atteint leurs limites ; elles n’apportent plus au monde que leurs crispations destructrices ; elles sont moralement en faillite.
Le moment est venu de les transcender.

Le reproche de l’auteur au monde arabe c’est l’indigence de sa conscience morale ; il reproche à l’Occident sa propension à transformer sa conscience morale en instrument de domination. L’Occident (E.U. et l’Europe) se trouve aujourd’hui dans une impasse.
Les puissances occidentales au fond n’ont pas essayé réellement d’implanter leurs valeurs dans les anciennes possessions. Le drame de l’Occident c’est qu’il a constamment été partagé entre son désir de civiliser le monde et sa volonté de le dominer, deux exigences inconciliables.

2. Les légitimités égarées

Avec Nasser, les Arabes avaient le sentiment d’avoir retrouvé leur dignité, mais depuis la mort de Nasser (1970) les Arabes vivent une crise de légitimité, crise qui contribue au dérèglement du monde. L’autre crise de légitimité est celle du rôle global des Etats-Unis. Si les suffrages des citoyens qui représentent 5% de la population mondiale sont plus déterminants pour l’humanité que ceux des 95% qui restent, c’est qu’il y a un dérèglement dans la gestion de la planète. Sur le reste de la planète, ceci est un gouvernement de fait. Après la chute du mur de Berlin, les Etats Unis (et avec lui leur modèle économique) sont devenus l’unique puissance mondiale.

Le capitalisme a perdu un détracteur utile, qui critiquait constamment sur son bilan social ce qui obligeait le capitalisme à se montrer plus social. Mais le système a rapidement dégénéré ; son rapport à l’argent et à la manière de le gagner est devenu obscène ; l’argent est déconnecté de toute production, de tout effort physique et intellectuel, de toute activité socialement utile. Productivisme qui cause des dégâts sur la planète. Voilà un dérèglement grave qui dépasse de loin l’univers de la finance ou de l’économie, il y a eu donc un dérèglement de notre échelle des valeurs.

3. Les certitudes imaginaires

Plutôt que d’embellir le passé il faut passer à une nouvelle phase de l’histoire humaine. Une phase où tout doit être inventé à nouveau : les solidarités, les légitimités, les identités, les valeurs, les repères. Il faut une échelle des valeurs qui nous permette de gérer notre diversité, notre environnement, nos ressources, nos connaissances, nos instruments, nos équilibres. Du dérèglement du monde actuel il faut adopter une nouvelle échelle des valeurs basée sur la primauté de la culture et de l’enseignement.

Il prône une solidarité d’un genre nouveau ; il faut croire à la diversité culturelle, un nouvel humanisme mobilisateur. Il faut dépasser notre conception tribale des civilisations comme des religions ; il faut l’égale dignité des cultures.

L’auteur, malgré le diagnostic d’un tableau mondial noir et préoccupant, signale quelques raisons pour garder encore un optimisme prudent :

- Le progrès scientifique se poursuit et s’accélère. Il peut nous permettre de résoudre effectivement une série de problèmes dans tous les domaines tels que l’environnement et la santé. 
- Les nations les plus peuplées de la planète sont en train de sortir résolument du sous-développement. 
- L’union européenne nous offre un exemple d’une utopie qui se réalise, non sans problèmes, mais elle existe. Une expérience pionnière qui permet de vivre ensemble dans la diversité, transcender la diversité des cultures sans jamais chercher à l’abolir, gérer solidairement l’espace commun, construire une humanité réconciliée et, sur le plan institutionnelle, créer une seule entité démocratique. 
- La présence de Barak Obama et le retour d’une Amérique oubliée, celle d’Abraham Lincoln et de Jefferson.